Le Baikal au banc d’essai
Par Hugues Leblond



Il y a quelques années, j’ai échangé mon vieux .410 pour un fusil de calibre 12 à deux canons superposés. Je ne connaissais pas vraiment la marque du superposé mais comme il était en bonne condition et que le .410 ne me servait tout simplement pas je me suis dit que je ne pouvais pas passer à côté de cette offre. C’est de cette manière que j’ai obtenu mon premier « over-under », un Baikal fabriqué en plein cœur de l’ex-URSS! Il s’agit d’une arme relativement peu dispendieuse mais qui a le mérite d’être solide, fiable et durable selon l’ex-propriétaire, un collectionneur.

Dans mon inspection sommaire, j’avais remarqué qu’un des deux canons était muni d’un « full choke ». Je savais que ce n’était pas idéal pour digérer les billes d’acier que j’utilise pour la chasse aux oiseaux migrateurs. Comme vous le savez probablement déjà, puisque les billes d’acier sont très dures, elles ne se déforment pas lors de leur passage dans l’étranglement comme c’était le cas des billes de plomb. Cela crée une pression énorme dans le canon, juste en avant de l’étranglement. À la limite, le canon du fusil pourra se dilater juste à cet endroit, créant une petite bulle (« bulging » en anglais). Plus les billes d’acier sont grosses, plus le risque d’endommager le canon est grand... en d’autres mots ça pardonne moins. Sachant cela, j’avais l’intention d’aller chez mon armurier pour faire ouvrir un peu l’étranglement de mon Baikal.

Avant de modifier le fusil que je venais d’acquérir, je me suis tout de même renseigné sur les différents forums américains, à savoir s’il valait la peine d’entreprendre de telles démarches. À ma grande surprise, la plupart des intervenants m’ont dit que Baikal utilisait un métal très résistant pour la confection de leurs armes. Il y a même un armurier qui m’a dit qu’il refuserait de briser ses outils sur le Baikal et que je pouvais utiliser des billes d’acier sans problème...

Est-il sécuritaire de se fier à la parole d’inconnus sur internet quand on parle d’armes a feu? Poser la question c’est y répondre! J’ai donc approfondi mes recherches et j’ai trouvé assez rapidement une information très intéressante : le distributeur de Baikal en Italie (Prima Armi) donne une garantie de 30 ans sur tous les Baikal vendus! Je me permets ici de traduire librement ce que stipule la garantie de Prima Armi:

« Baikal est une marque synonyme de qualité partout dans le monde et est reconnu, principalement, pour la qualité de l’acier qu’ils utilisent ainsi que pour l’usinage et la technologie utilisée… Vous pourrez évaluer vous-même la durabilité, la fiabilité et la performance durant les années futures d’’utilisation de votre arme. À elle seule, la garantie de 30 ans que nous donnons fait foi de cette qualité ».

Il est important de mentionner ici que les armuriers européens doivent suivre un cours de 7 ans avant de pratiquer leur métier. Durant cette période, ils apprennent à construire une arme de A à Z, à partir du bloc de métal. Ils en savent donc beaucoup sur la confection des armes et ne se limitent pas aux simples rudiments de la réparation de ces dernières. Ainsi les distributeurs de Baikal en Italie, chez qui travaillent probablement plusieurs armuriers, sont à même d’évaluer la qualité des produits qu’ils distribuent et peuvent ainsi donner des garanties qui surpassent celles des manufacturiers s’ils jugent que le produit est fiable, bien entendu. Il semble qu’ils aient confiance en Baikal, c’est le moins qu’on puisse dire!

Curieusement, j’ai remarqué sur internet que les utilisateurs de Baikal font à peu près tous les mêmes commentaires : il n’y a pas meilleur fusil si vous cherchez le meilleur rapport qualité-prix! Ils notent majoritairement un léger manque d’esthétisme qui est toutefois largement compensé par une très grande solidité ainsi qu’une fiabilité hors du commun. Fait saisissant, je n’ai trouvé aucun commentaire négatif sur le fonctionnement du fusil, ce qui est très rare sur internet! Il s’agit donc de fusils très abordables, non pas par manque de qualité mais à cause de l'économie de la Russie. Ces armes sont conçues pour affronter les conditions les plus rigoureuses comme celles que nous rencontrons souvent à la chasse à la sauvagine. Un canon brûlant d'avoir tiré trois super-magnum de suite, et qui reçoit une vague d'eau glacée... Assez surprenant que ces fusils ne soient pas plus populaires en Amérique du Nord car Baikal se situe parmi les plus grands vendeurs dans le monde! Faites l’exercice vous-même et allez voir sur la centaine de forums au sujet des armes partout dans le monde: vous aurez le même son de cloche que celui que je viens de vous donner.

Bref, je trouvais que c’était une bonne nouvelle! Primo, mes recherches sur internet me confirmaient que j’avais fait l’acquisition d’une arme très solide. Secundo, il n’y aurait probablement pas trop de risque d’endommager mon canon même si je faisais passer de la bille d’acier à travers mon « full choke » puisque le métal utilisé dans la construction de cette arme serait d’une grande dureté. J’ai donc décidé de ne pas faire retoucher mon canon et de l’utiliser ainsi à toutes les sauces.

Définitivement ravi de ma nouvelle acquisition, j’ai décidé de m’informer un peu plus sur la petite histoire de Baikal. Rien de mieux que de connaître les origines d’une arme pour mieux comprendre et apprécier ses qualités. Baikal est en fait la marque de commerce de toutes les exportations russes effectuées par la compagnie Izhevsky Mekhanichesky Zavod (IMZ). Cette compagnie a été fondée en 1942 à la demande de la défense militaire soviétique dans le but de fabriquer des armes pour leur armée alors en pleine guerre.

Un « Zavod », qui pourrait se traduire par « la maison du peuple », est en fait une usine russe typique du temps où elle faisait partie de l’Union Soviétique. Il s’agissait d’un endroit où non seulement le peuple russe pouvait avoir du travail en échange d’un salaire mais aussi où les travailleurs étaient hébergés, où étaient organisés tous les événements sociaux ou culturels, où l'on dispensait des soins médicaux, de l’enseignement, etc. Encore aujourd’hui, malgré l’éclatement de l’URSS, si on visite les usines de Baikal, on peut y voir l’ensemble des bâtisses offertes aux quelque 16 000 employés de la compagnie en guise d’une partie de leur rémunération.

Après la guerre, la demande en armement s’est inévitablement faite de plus en plus rare chez les militaires. Pour pallier à cette diminution de la demande, Baikal s’est tourné vers la confection d’armes sportives dès 1949. Ainsi, ils ont pu garder un niveau de production élevé tout en appliquant à de nouveaux produits l’expertise développée et acquise au fil des ans pour les armes militaires. Imaginez, la simplicité et la fiabilité des armes militaires russes, qui ont été conçues pour fonctionner même par les plus grands froids du fond de la Sibérie, appliquées à une arme de chasse. Ils ne se vanteront pas de présenter le plus beau fusil sur les tablettes (quoique ce soit là une question de goût) mais il est clair que l’argent et le temps qui auraient été mis sur l’esthétisme sont plutôt consacrés à la qualité de la production et à une économie directe dans votre portefeuille.

Aujourd’hui, cette usine du fond des montagnes d’Uzhevsk produit autour de 50 différents modèles d'armes sportives et figure parmi les plus grands producteurs de fusils au monde. Pas moins de 10 millions d’armes de chasse sont sortis de l’usine IMZ dont 3 millions ont été exportés. De 1991 à 1995, la production et l’exportation des armes civiles ont augmenté de 90% et l’ascension continue encore.

Fait à noter, Baikal a récemment conclu une entente avec Remington, lui donnant maintenant les droits exclusifs de la distribution de Baikal aux États-Unis. Remington distribue donc les Baikal sous le nom de « Spartan Gunworks» qui se veut une ligne moins dispendieuse de fusils Remington. J’ose croire que si Remington a acquis la distribution des Baikal aux USA, c’est qu’ils sont convaincus qu’ils ne pourraient pas faire de fusils d’aussi bonne qualité à un prix aussi bas. J’imagine également qu’ils ont soumis les Baikal à une série de tests avant d’associer leur nom au produit russe. Vous ne trouverez pas de Remington Spartan sur les tablettes au Canada car dans ce cas-ci, pour des raisons historiques, la distribution des Baikal se fait exclusivement par l’entremise d'IZH Impex Inc. Donc, vous trouverez des Baikal si vous êtes au Canada et les mêmes fusils s’appelleront "Remington Spartan" si vous êtes au sud de la frontière.

Tout cela pour vous dire que Sauvaginement Vôtre met à l’essai cette saison le MP153 de Baikal. Il s’agit du premier semi-automatique de chasse conçu par Baikal et je peux vous dire d’entrée de jeu qu’ils ont travaillé pour fabriquer une arme fiable, solide et durable se vendant à un prix abordable. J’ai décidé de tester cette arme de chasse puisqu’il s’agit du fusil semi-automatique conçu pour la sauvagine, i.e. capable de tirer des cartouches allant de 2.75 à 3.5 pouces, qui est le moins cher sur le marché. Dans une prochaine chronique je vous parlerai plus spécifiquement des caractéristiques du MP153 et à la fin de la saison je serai à même de vous dire comment le Baikal a supporté les sévices que nous lui aurons imposés durant la saison intense que nous aurons connue.

Pour vous mettre l’eau à la bouche concernant le MP153, je veux brièvement vous parler des résultats d’un test impressionnant réalisé par les employés d’un magazine Italien spécialisé dans les armes à feu, « Armi & Tiro ». Ils ont réalisé un test extrême pour évaluer la fiabilité des matériaux des fusils et ont tiré avec un Baikal MP-153, sans arrêt, plus de 10 000 coups et cela pendant 20 hres consécutives! Il a fallu attendre 4,000 coups avant d’avoir besoin d’un premier ajustement sur le Baikal et à la fin des 10,000 coups le Baikal n’avait pas encore manifesté de brèche ni même de faiblesse…

On peut d’ailleurs voir des séquiences vidéos aux liens suivants: Clip 1; Clip 2; Clip 3

Notez leur méthode de refroidissement du canon: Clip 4

Je termine en vous citant le commentaire d’un pro-staff d’Avery qui m’a convaincu de faire le test des Baikal :

“I just feel for the money it is hard to beet the Baikal right now”
Brett Beinke, Avery Pro-Staff